Conférence par Olivier Troubat, le 21 septembre 2014 à 16 heures

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Si la zone, à l’est du Cher est plutôt bien connue, la rive ouest mais plus encore le lit de la rivière n’avaient donné lieu à aucune étude rationnelle avant 2012.

Dans une première approche, l’étude cartographique et géographique du site permit à Olivier TROUBAT d’appréhender l’évolution du cours de la rivière à travers les siècles. Si aujourd’hui, le méandre du Cher « lèche » les abords du prieuré, l’existence jusqu’à 1 km plus à l’ouest de « paléo-chenaux » montre que lit de la rivière s’est déplacé de façon irrégulière.

Cela explique le grand nombre de moulins découverts, fonctionnant avec des sens de courant très variés, en fonction des courbes et des lits qu’a affecté le Cher au cours du temps. Cela explique également la présence dans l’eau de sites terrestres gagnés et bouleversés par la rivière.

Les extractions de sable tout le long du lit du Cher en amont, au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, ont provoqué un enfoncement important de la rivière accélérant le dégagement et la dégradation des éléments archéologiques.

Si ces trois campagnes de fouilles se soldent par des découvertes très fécondes, il faut souligner l’aide précieuse que la technologie (datation en carbone 14 notamment) apporte à l’archéologie.

Classées sans ordre chronologique, ces découvertes peuvent être regroupées en 4 domaines :

Nécropoles et chaussées : Antiquité tardive / période mérovingienne (IIIe – Xe siècle)

Deux zones de fragments de sarcophages ont été trouvées dans la rivière et sur la rive ouest, et constituent des prolongations de nécropoles présentes sur la rive est. Les changements de cours du Cher sont venus perturber ces nécropoles. Enfin, plusieurs chaussées sont présentes dans le Cher selon un réseau en forme d’étoile à partir du centre du vicus.

Moulins du Haut Moyen Âge et de fin de Moyen Âge

La zone s’est révélée propice à l’installation de moulins, puisque huit – en plus du moulin des Bordes actuel (XVIIIe – XXe siècle) – ont été retrouvés sur 500 m de rivière. Cinq sont du Haut Moyen Âge (Ve – Xe siècle) et trois de la fin du Moyen Âge (Xe – XVe siècle), montrant que le Cher a coulé dans cette zone, avec des lits orientés différemment, selon les époques.

Haut Moyen Âge

Une grande sablière-basse de 9,30 m de long, percée de cinq mortaises traversantes, typique des parties basses immergées de moulin, est datée au C14 des VIIe – IXe siècles. D’autres sablières-basses des VIIIe – Xe siècles, un aménagement lacunaire des IXe – Xe siècles et des meules typologiquement contemporaines complètent cette période.

Fin Moyen Âge

Sur une même zone, en aval de la digue des Bordes, trois ouvrages différents se sont succédés. Ils ont été datés par radiocarbone C14 des XIIIe – XIVe siècles pour l’un et des XIVe – XVe siècles pour les deux autres.

Les destructions fréquentes (guerres, aléas climatiques, crues, débâcles des glaces) alliées à une rivière à régime torrentiel, expliquent les reconstructions des moulins constatées tant dans les archives que sur le terrain.

Port moderne

Un petit aménagement portuaire a été retrouvé, constitué des traces d’un ponton et d’un creusement du substrat calcaire destiné à sécuriser et accueillir un bac. Les archives permettent de le dater aux XVIIe – XVIIIe siècles. Curieusement, il se situe sur la rive est au nord d’Allichamps en regard du « Champ du Marin » !!

Deux sites préhistoriques

Protégés par un aménagement gallo-romain, d’une part, et par un autre du Haut Moyen Âge, de l’autre, en bord de rive, une petite anse en forme de U conserve, à dix mètres l’une de l’autre, deux poutres de grandes dimensions. La première, conservée sur 4 m de long est datée au C14 du Néolithique moyen/final (3628-3366 avant JC). La deuxième est de l’Âge du Bronze ancien (2190-1926 avant JC).

Ces deux pièces extrêmement rares qui n’ont d’équivalents que dans des villages lacustres du Jura et des Alpes démontrent que la vallée du Cher est une zone de vie et une voie de communication depuis les temps les plus reculés.

Pour Olivier TROUBAT, le site subaquatique d’Allichamps est un des plus riches rencontrés. Comparé à une moyenne habituelle dans d’autres zones amont de la rivière d’un site découvert tous les 200 m, celui-ci a donné 12 sites sur 600 m de rivière.

Sa richesse est telle qu’une 4ème saison de fouilles – non prévue initialement – figure au programme de 2015.

 

Affiche conférence 21 septembre 2014 à Allichamps

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