Histoire du Prieuré d’Allichamps

Le Prieuré Saint Étienne d’Allichamps

Un peu d’histoire

Nous ne savons pratiquement rien du monument qui a dû succéder à l’oratoire paléo-chrétien, pas plus que de l’ancienne église, mentionnée dans les bulles de Pascal II (1110) et Adrien IV (1158). C’est vers le milieu du XIIème siècle, qu’est entreprise la construction de l’église actuelle. Son plan est de forme cruciale, avec une nef à chevet rond, maintenu par des colonnes extérieures engagées, en guise de contrefort et un transept sur lequel s’ouvraient deux absidioles. Celle du nord est détruite. Les fenêtres de l’abside sont en plein-cintre et les archi-voltes intérieures, d’arc brisé, reposent sur des colonnes plaquées devant des dosserets.

L‘église d’Allichamps, ou plutôt ce qu’il en reste, présente encore aujourd’hui de très beaux chapiteaux sculptés et de nombreux modillons. (La sculpture des chapiteaux est en général un travail de commande répondant à un schéma bien précis.
Par contre, les modillons sont laissés à l’inspiration du tailleur de pierre, qui se permet alors quelques traits d’humour ou d’ironie, comme vous pourrez le constater en levant la tête si vous poursuivez la visite à l’extérieur du bâtiment. 
A l’intérieur, les chapiteaux doivent certainement leur bel état de conservation au  passé de grange à foin qu’à connu le bâtiment pendant de longues années).

Les chapiteaux sculptés, comportent rinceaux, larges feuilles plates encore appelées feuilles d’eau, palmettes, lions affrontés… un autre, situé à l’extérieur est enveloppé de tiges entrelacées et fleuronnées. L’un de ces chapiteaux situé au carré du transept est assez exceptionnel. On l’appelle l’engoulant. Il représente une tête monstrueuse qui semble vouloir engloutir une colonne dans son imposante mâchoire.
Une partie du chœur est couvertes de « lauzes ». Contrairement aux églises d’Ardèche ou du Massif central où ces lauzes sont schisteuses, ici ce sont des pierres calcaires, issues des carrières de La Celle et de Bruère. Gaston Petit*, qui fut l’un des bienfaiteurs de l’association des Amis du Prieuré, a étudié les figures sculptées dans la pierre sur la partie extérieure du chœur (modillons), qui selon lui, pourraient figurer les sept péchés capitaux : En partant de l’extrême gauche, déclarait-il, on peut voir la paresse, représentée par l’extrémité de deux pieds ; l’impureté, par une attitude obscène ; l’ivresse : le personnage a entre les jambes un petit tonneau ; la médisance, est représentée par une femme ; la gourmandise : une tête de femme savourant des mets avec ses deux mains ; l’orgueil, semble être une figure coiffée d’une couronne ; l’avarice, la colère, l’envie.
L’interprétation de ces différents éléments sculptés est laissée à la compétence et à la sensibilité de chacun. Ce qui est certain, c’est que les visages animant les modillons ont l’allure de véritables portraits.

*Le prieur Pajonnet était un parent de son arrière-grand-père, Antoine Auclerc.

Vocable de Saint-Etienne

Le prieuré d’Allichamps est voué à Saint-Etienne, tout comme d’autres édifices religieux du Cher, dont la cathédrale de Bourges ou les églises de Blancafort, La Chapelle-Hugon, Clémont, Dun-sur-Auron, Gron, La Guerche-sur-l’Aubois, Nérondes et Sury-en-Vaux.

Saint-Etienne est un des premiers martyrs chrétiens. C’est un juif helléniste, érudit, qui est mort lapidé vers 34 après J.-C. à Jérusalem.

Il est fêté le 26 décembre.

C’est le saint patron des diacres, des pavetiers (poseurs de pavés)…

Le prieuré classé

L’église d’Allichamps a été inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques le 19 février 1926.

  • Description : ensemble de modillons et de chapiteaux
  • Localisation : les modillons ornent les murs des transepts Nord et Sud et le chevet de l’église. Les chapiteaux surmontent les colonnes-contreforts du chevet (abside centrale), les colonnes engagées des milliers du transept et les colonnettes des embrasures de fenêtres (bras Nord et Sud du transept).
  • Matériau : Pierre calcaire
  • Conservation : en cours de restauration
  • Représentation : représentation humaine (figure scène biblique Daniel dans la fosse aux lions ?), représentation végétale (acanthe, palmier), représentation animalière (lions affrontés), ornementation (entrelacs, feuille d’eau, fleuron, palmette).
  • Historique : milieu du 12e siècle

→ En savoir plus
→ L’Arrêté de classement du Prieuré Saint-Etienne d’Allichamps

L’engoulant

La pièce maîtresse du Prieuré d’Allichamps est, sans aucun doute, l’engoulant: un masque qui se veut effrayant, avale un fût qui reçoit une archivolte sculptée de rinceaux symétriques. Son faciès est aplati, avec une chevelure striée formant une coque, des yeux en amande collés à un large nez écrasé. De nombreuses  dents complètent ce faciès. L’engoulant est, en architecture romane, une extrémité sculptée en forme de « gueule » (une « goule engoulant une colonne ») sur les poutres de charpente. Il symbolise le « chaos primitif », « le monstre marin », le « Léviathan » cité dans la Bible et le Livre de Job. Au Moyen Age le Léviathan était, selon certaines versions, l’un des principaux démons de l’enfer, celui qui avale les âmes, symbolisant ainsi l’entrée en enfer!

La stèle

Encastrée en hauteur (8 à 10 m) dans le pignon ouest du prieuré Saint-Étienne, apparaît une figure sculptée à l’intérieur d’une niche. Il s’agit d’une partie d’un monument funéraire gallo-romain, plus précisément d’une stèle, datée du IIe ou du IIIe siècle de notre ère.

Elle provient, selon toute vraisemblance, de la nécropole de l’agglomération antique qui a précédé Allichamps, et qui se situait dans le secteur du prieuré. Il s’agit à coup sûr de l’œuvre d’un atelier local, qui l’a réalisée dans un bloc de calcaire provenant très certainement des carrières, toutes proches, de La Celle.

Il existait à cette époque une coutume consistant à se faire confectionner un tel monument de son vivant. Sa taille et sa qualité dépendaient évidemment des moyens dont on disposait. Il se composait habituellement d’une niche centrale, munie d’un encadrement qui pouvait prendre un aspect architectural évoquant la façade d’un petit temple, avec deux pilastres porteurs de chapiteaux, ces derniers soutenant fréquemment eux-mêmes un fronton triangulaire. Quant à la niche elle-même, elle abritait souvent un relief figurant une personne, un couple ou une famille, dans l’exercice d’une activité professionnelle, ou ayant pris la pose. A défaut, on y sculptait divers objets, par exemple des outils.

La stèle encastrée dans le mur du prieuré, d’une réalisation assez sommaire et fortement érodée, se limite à des dimensions modestes. A l’intérieur d’une niche voûtée en cul-de-four, et encadrée de deux colonnes surmontées de chapiteaux simplement esquissés, que coiffe  une archivolte dont ne subsistent que deux bandeaux, on a sculpté le buste d’un homme. Il tient dans sa main droite un stylet levé au-dessus d’un assemblage d’au moins quatre tablettes à écrire, formant ce qui se nommait un codex, placé en oblique dans l’angle inférieur droit de la niche. La tête et le regard orientés vers un probable interlocuteur suggèrent l’attente d’une information à transcrire, et l’ensemble conduit à supposer dans ce personnage un comptable ou un intendant procédant à l’encaissement d’un fermage pour le compte d’un propriétaire local.

Cette figuration d’un homme accomplissant une telle tâche n’a rien d’isolé. On peut en voir un exemple comparable à Bourges, au Musée du Berry. D’autres monuments funéraires sculptés, montrant également des personnages qui écrivent sur des piles de tablettes dans des contextes d’encaissement, ont été retrouvées dans la partie nord-est de la Gaule, et sont notamment visibles dans les Musées de Dijon et de Trèves.

Robert Bedon
Université de Limoges

Les travaux de restauration

Ils ont commencé en 1986, par le déblaiement de tonnes de paille, le démontage des planchers, le curage des murs de refends. Des premiers travaux de maçonnerie et de taille de pierre, on peut retenir la fermeture d’un passe betteraves, qui avait été aménagé au péril de la pile entre abside et absidiole.

La fermeture d’ouvertures compromettant la solidité des murs du transept nord, la fermeture de la porte ouverte dans le chevet de l’abside et quelques travaux de consolidation sur charpente. Des travaux visant à remonter l’absidiole détruite, ont été également été entamés.

Les fenêtres ont été closes par un vitrage temporaire.Les bétons récents ont été cassés, afin de redonner à l’édifice l’aspect qu’il devait avoir, les sols en moins, après la tourmente révolutionnaire. Les travaux ont été assurés par de la main d’œuvre bénévole, un appui technique de la ville de Saint-Amand-Montrond.

Des entrepreneurs en maçonnerie, menuisiers et charpentiers professionnels, ont apporté leur concours. Le Cercle d’histoire et d’archéologie du Saint-amandois (CHASA), a mis à disposition ses tailleurs de pierre.

Dans le premier tiers du XIXe siècle, le bâtiment a subi des mutilations (ouverture d’une porte, destruction de l’absidiole nord, pose de planchers…).
Quant à la nef actuelle, elle a été reconstruite au XVIe siècle. La voûte du carré du transept a disparu, mais on peut deviner les traces d’une coupole.
Elle a été inscrite en 1926 à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Rachetée par la commune de Bruère en 1985, c’est en 1986 que l’association des Amis du Prieuré a vu le jour et que des travaux de restauration ont été entrepris par des membres du Chasa (Cercle historique et archéologique du saint-amandois). En 1791, le Directoire du district de Saint-Amand propose la suppression de la cure d’Allichamps. En 1793 et 1794, l’église est dépouillée de sa cloche, de ses vases, ornements, livres…

Le domaine du Prieuré est vendu en 1791, comme bien national. Le 10 juin 1791, l’adjudication est prononcée au citoyen Chevenon-Bigny (ex-marquis), pour la somme de 40.600 livres. Il sera bientôt dénoncé pour « propos contre-révolutionnaires », condamné à mort le 29 novembre 1793 et exécuté Place des Carmes, à Bourges, le 14 janvier 1794. Le domaine est remis en vente et c’est le citoyen Berchon la Trollière qui en devient acquéreur, pour 47.200 livres. Une enquête de 1796 signale l’église en partie écroulée.
Elle est remise en vente en 1799. C’est Jean-Baptiste Augier, gendre de l’ex-marquis de Bigny qui s’en porte acquéreur pour 121.000 livres. A cette époque elle est décrite ainsi : « La ci-devant église de la commune d’Allichamps, canton de La celle-Bruère, dont partie est écroulée, ce qui est attesté par l’administration municipale dudit canton, en date du premier prairial dernier. Cette ci-devant église consiste en un bâtiment de la longueur dans l’œuvre de quatre-vingt-quatorze pieds sur vingt-huit de large, carrelée en carreaux de La Celle exceptée deux toises qui sont carrelées en carreaux de terre et couverte en tuile ».
En 1803, le curé de La Celle lève les pierres sacrées des autels, en extrait les reliques et les transfère dans l’église de sa paroisse.
L’église est maintenant séparée du domaine dont elle fut si longtemps le centre. Sur le plan cadastral de 1813, la séparation est encore plus effective, puisque l’église paraît réduite aux seuls transept et absides, qu’un espace vide semble séparer du reste de la nef. Elle est acquise par la famille Caignault, puis elle devient grange et étable.
Ce sont eux qui ont fait construire, vers 1842, la maison qui touche l’ancienne habitation du prieur. Ensuite, la terre d’Allichamps passa à la famille Pirot.
Le sieur Pirot épousa une demoiselle Martin, originaire de La Celle-Bruère. De cette union naquirent deux enfants : un fils devenu notaire, qui exerça en Normandie et une fille, Anne-Marie, qui épousa Maître Blanchet, notaire à Sancoins. Les Pirot occupèrent Allichamps vers 1891. Le 19 février 1926, l’église d’Allichamps a été inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. La commune de Bruère l’a rachetée en 1985.

Sources : Dauzat, Buhot de Kersers, Mallard, De Raynal, Do Laugardière, Boudet, Abbé Offuis, Jean-Yves Hugoniot, Cahiers d’archéologie et d’histoire du Berry, Mgr Villepelet, Gaston Petit, Maurice Larguinat, Patricia Duret

Histoire de la cloche

Trois lignes d’inscriptions, gravées dans l’airain, ornent la cloche. On peut y lire que sa marraine était Haulte dame Marie-Françoise Doulle, épouse de Hault et puissant seigneur Charles de Bigny, marquis du lieu. Celui qui l’a fondue, s’appelait Simon Iahan, ouvrier de Jean Merlin.

AU NOM DE DIEU JE SUIS BENITE PAR JEAN DEBIZE PRIEUR DE CETTE PAR D’ALICHAMPS MON PAR MES A ROBIN CHEV SEIG DU BREUIL ET MA MAR HAULTE DAME MARIE FRANCOISE DOVLLE EPOUSE DE HAULT ET PUISA SG MES CHARLE DE BIGNY MARQUIS DU LIEU JEAN MERLIN FABRICIEN SIMON IAHAN MA FE 1714

Au nom de Dieu je suis bénite par Jean DEBIZE, prieur de cette paroisse d’Alichamps. Mon parrain Messire Antoine ROBIN, chevalier, seigneur du Breuil, et ma marraine Haulte Dame Marie-Françoise DOULLE, épouse de Hault et Puissant seigneur Messire Charles de BIGNY, marquis du lieu. Jean MERLIN, fabricien. Simon IAHAN m’a fait. 1714.

D’après les registres paroissiaux de Vallenay, la grosse cloche d’Allichamps a été bénite par le prieur Jean DEBIZE le 27 septembre 1714. Elle pèse 385 livres.

Debize fut prieur-curé  d’Allichamps de 1706 à 1722. Il était un chanoine régulier de l’ordre de St-Augustin et fut inhumé dans le cœur de l’église d’Allichamps où il repose certainement encore.

Concernant les avatars de cette cloche, le préfet du Cher, du fait de la désacralisation d’Allichamps en 1793,  autorisa son transfert dans l’église de St Amand le 12 Fructidor An 10 (30 août 1802).

Elle fut décrochée le 3 Septembre. Après de nombreuses réclamations du maire de La Celle-Bruère, puis, en1825, suite à une pétition des habitants d’Allichamps et de La Celle-Bruère, la cloche fut en quelque sorte restituée aux paroissiens et « montée au clocher » de l’église de La Celle, le 4 août 1827.

Les tombes

Tombe de Messire Odille de Larnay et son épouse découverte en l’église d’Allichamps.

D’après un dessin de Buhot de Kersers

Une des pierres tombales sorties de cette église est fort curieuse.
Elle est du commencement du XVIe siècle. Elle représente deux personnages abrités par deux arcades fleuronnées portées sur des pilastres torses. Les tympans sont meublés de petites arcatures trilobées ; une frise droite est surmontée d’arquettes renversées et trilobées et une ligne de créneaux garnissent le haut de la pierre.
L’homme, à gauche, est vêtu d’une courte dalmatique et ses jambes sont garnies d’une armure de fer ; la tête nue repose sur un coussin ; les mains sont jointes et relevées ; les pieds s’appuient sur une levrette ; à sa droite sont les gants ; entre lui et la femme, le heaume. La femme, à droite, a aussi la tête sur un coussin et est couverte d’une coiffe plate ou plutôt d’un morceau d’étoffe retombant sur les côtés : elle est vêtue d’un justaucorps pointillé, par-dessus lequel est une veste à manches et à revers ; la jupe drapée, entr’ouverte par devant, laisse voir une rangée de grosses perles ou de boutons ; les pieds sont aussi posés sur une levrette.
Entre les deux figures et au-dessus est gravée en plusieurs lignes l’inscription suivante : Cy gist noble homme Odilles de Larnay escuier en son vivant seigneur du dit lieu ; de la Chastelette et de Coudron qui trépassa le JO… mil Ve et… Cy gist noble demoiselle Marguerite… en son vivant sa femme qui trépassa le jour de… mil Ve et.
Les dates de ces sépultures n’y figurent pas ; comme il arrive parfois, elles auront été préparées par les personnages qui comptaient y reposer et leurs héritiers auront négligé de compléter l’épitaphe après leur mort. Odile de Larnay vivait entre 1470 et 1494. Cette pierre tombale est actuellement au musée du Berry à Bourges.
L’autre pierre tombale remarquable, qui a disparu depuis,  portait l’inscription : Hix jacet d(omineus) Ca(ro)les Fr(ancis)cus Piaud de Villers qui  huius P(aro)chiae oues Pa(sc)uit per tres annos et ui menses per quos domu(m) P(res)h(itera)le(m) ruente(m) fere su(m)ptibus suis reodificauit, dehine obit die III A VPRI ANNO MD CC XXXIX AETATIS SVAE XL VII. Rex erat ante p(aro)chioe d’Arpheuil. Requ(iesc)at in pace, curis et pietate n(o)bilis Petri Piaud de Villers, proesidio c. d. a.. (curtis de Agidiis) et risenscani ( ?) Entre parenthèses, quelques lettres dont la suppression est peu usuelle, et qui semblent indispensables à l’intelligence du texte.
Entre le XIIe et le XVIe siècle, les grandes familles locales ont continué à se faire inhumer à l’intérieur du sanctuaire. Il faut noter que les gens du Moyen Age, n’avaient pas la même approche que nous de la mort et du corps sans vie. Nombreuses sont les profanations involontaires nécessitées par le creusement d’une fosse plus récente.
Nombreux sont les réemplois de sarcophages ou de caissons, sans respect pour l’occupant d’origine, que l’on reconstitue, regroupe ou disperse allègrement. Ainsi en Allichamps, un sarcophage du XIe siècle a été vidé pour y installer au XVe siècle un enfant, là c’est un adulte que l’on place dans un sarcophage trop exiguë pour lui.
C’est à partir de la seconde moitié du XVIe siècle, que les inhumations de laïcs semblent avoir cessé à l’intérieur de l’édifice.

Sources : Dauzat, Buhot de Kersers, Mallard, De Raynal, Do Laugardière, Boudet, Abbé Offuis, Jean-Yves Hugoniot, Cahiers d’archéologie et d’histoire du Berry, Mgr Villepelet, Gaston Petit, Maurice Larguinat, Patricia Duret

Un pape

urbainUmberto Grivelli, qui devint pape sous le nom d’Urbain III. La photo représente le Pape Urbain III, mieux connu en Berry sous le nom de Maître Humbert ; né à Milan vers 1120, chanoine et archiprêtre de Bourges en 1144, il fut archidiacre de Bruère de 1145 à 1154, puis archidiacre de Bourges de 1154 à 1182 ; élu archevêque de Bourges en 1182, il retourna en Italie et devint cette même année archidiacre de Milan et cardinal ; consacré archevêque de Milan en 1183 il devint Pape le 25 novembre 1185. Son règne fut court, il mourut à Ferrare le 20 novembre 1187 en apprenant la prise de Jérusalem par les Sarrazins.

Sources : Dauzat, Buhot de Kersers, Mallard, De Raynal, Do Laugardière, Boudet, Abbé Offuis, Jean-Yves Hugoniot, Cahiers d’archéologie et d’histoire du Berry, Mgr Villepelet, Gaston Petit, Maurice Larguinat, Patricia Duret

François Pajonnet

C’est le dernier prieur d’Allichamps. Né le 26 mai 1712 à Bourges, il fut promu prieur d’Allichamps en 1740. Il y restera jusqu’en 1792, date à laquelle la révolution a mis fin à son ministère. Il s’est retiré à la grange Bernon (lieu-dit situé à environ un kilomètre d’Allichamps). Décédé le premier mars 1806, il a été inhumé dans l’ancien cimetière de La Celle.
Sur sa pierre tombale figurait l’inscription : « il aima la religion et les antiquités ».
Il se montra un gestionnaire avisé, tant pour les biens du prieuré que pour ses biens propres (En 1771, avec un de ses parents, il rachète au Marquis de Bigny les domaines de La Grange Bernon et de Nohant).
Titulaire de nombreuses « vicaireries », il n’a pas hésité à affronter les religieux de Noirlac, devant le grand Conseil du Roy. Tout comme il affrontera les paroissiens de Farges-Allichamps et le curé de Nozières au sujet de la perception des dîmes. Esprit cultivé et intelligent, il s’est rapidement intéressé aux antiquités.
Dès 1750, il a entrepris des fouilles à Drevant et à Néris-les-Bains, puis en 1754 commença ses fouilles en Allichamps, où il sut découvrir à peu près tout ce que le sol contenait d’intéressant. Ses fouilles (champ de la bataille, grand cimetière, etc.), lui permirent de mettre à jour un véritable trésor archéologique.
Il a entretenu une correspondance fournie avec des personnalités du Berry, tels les intendants Dodart, Dupré de Saint-Maur, Triboulet (maire de Bourges), l’historien Pallet, le Duc de Béthune-Charost, auquel il adressa en 1774 une notice du produit de ses recherches, qui lui valut une pension viagère de 1200 livres.
Ce fut le savant De Caylus qui fut le dépositaire de la plus grande partie de ses découvertes. (Des lettres échangées entre les deux hommes attestent ce commerce).
Chaque année de 1750 à 1765, il lui envoyait un état de ses recherches, ainsi que des objets dont le transport était facile.

« … avant moi Allichamps était inconnu aux antiquaires ; j’ai commencé à le tirer de la nuit des temps. Un autre plus heureux le fera peut-être revivre… »
François Pajonnet au duc de Béthune-Charost – 7 juin 1774

Ses découvertes :

1754 Allichamps, à 380 pas du clocher, des tombeaux de pierre.
1755 Dans le même champ, un tombeau gaulois, dans lequel il trouva des ossements, une large et épaisse boucle de bronze, qui fut brisée et une médaille d’argent de Septime Sévère (Septime Sévère : Lucius Septimius Severus Pertinax (11 avril 145 – 4 février 211), est un empereur romain d’origine africaine, qui règna de 193 à 211).
1757 Toujours dans le même champ, deux colonnes milliaires 1758 Deux tombeaux avec inscriptions
1759 Toujours des tombeaux, mais une affreuse grêle ravage sa paroisse et il doit cesser ses fouilles jusqu’à fin 1760.
1761 Dans le champ appelé « terres noires », des ruines d’édifice, des médailles, une cornaline sur laquelle est gravée une tête de femme.
1762 Des médailles gauloises, des cuillères en bronze et en ivoire.
1763 Les restes d’un ancien édifice romain, des médailles, une agate noire gravée.
1764 Suite à la découverte de l’édifice (1761), des vases de verre et de terre, une agate gravée d’une tête de Posidonius (Posidonios d’Apamée, philosophe stoïcien grec, surnommé « l’athlète », fut aussi un savant, géographe et historien. Il est le brillant représentant de l’esprit hellénistique, à la fois empirique et spéculatif, curieux de tout) (L’abbé François Pajonnet, dernier prieur d’Allichamps, était aussi archéologue. C’est lui qui a mis au jour de nombreuses pierres tombales, mais aussi la borne milliaire installée à Bruère-Allichamps en 1799, aux frais du Duc De Béthune-Charost. Elle symbolise le centre de la France, ou plutôt l’un des centres de la France) Si on en croit les échanges de courriers qu’il eut avec divers savants et marchands d’art, le prieur Pajonnet fait plus figure de négociant d’objets de valeur archéologiques que de saint homme. C’était certainement un subtil mélange des deux ! Il a vendu nombre de médailles et d’objets exhumés sur les terres d’Allichamps, ce sont des faits établis.

Sources : Dauzat, Buhot de Kersers, Mallard, De Raynal, Do Laugardière, Boudet, Abbé Offuis, Jean-Yves Hugoniot, Cahiers d’archéologie et d’histoire du Berry, Mgr Villepelet, Gaston Petit, Maurice Larguinat, Patricia Duret

Les prieurs* d’Allichamps dont on a la trace :
Garnerius, 1193
Etienne Jaro, 1400
Guillaume Malvoisin, 1416
Antoine Anthippe, 1558
Belhomme, 1639
Pierre Merlin, 1651 à 1655
Godefroy Bouard, 1655 à 1664
Gilles de Menitroux, ….. à 1690
Gilles Coeurdoulx (prieur de Levet), 1690 à 1691
Claude Benoist, juin 1692 à mars 1703
Jean Debize, novembre 1706 à 1722
Frère Etienne Joseph Lestourneau, 1722 à 1734
Frère Joseph Eustache, 1734 à 1735
Charles François Piaud de Villers, 1736 à 1739
Etienne Le Rasle, jusqu’au 31 décembre 1740
François Pajonnet, le 28 février 1741. Il restera plus de cinquante-deux ans au service de la paroisse, jusqu’en 1793 où il fut contraint de démissionner.

*Le mot « prieur » désigne aussi le supérieur d’une petite communauté détachée de celle d’une abbaye qu’on appelle alors un prieuré (prioratus). Un prieuré peut être soit dépendant, soit indépendant d’une abbaye mère. – Dans le cas présent, le Prieuré d’Allichamps dépendait de l’abbatiale Saint-Martin de Plaimpied.

Un peu d’histoire locale

Le premier avril 1284, le prieuré d’Allichamps reçoit la visite de l’archevêque de Bourges, Simon de Beaulieu, qui bénit de l’eau pour la réconciliation de l’église de Châteaumeillant, preuve que l’ancien itinéraire romain (voie romaine allant d’Avaricum à Néris-les Bains, avec une branche traversant le Cher à Bruère en direction de Châteaumeillant) est encore en activité. Le 11 novembre 1285, le convoi funèbre du roi Philippe Le Hardi se serait arrêté à Bruère.
Le 27 juin 1286, le seigneur local Annisius dit Goderat de Bruère, paroissien de l’église Saint-Etienne d’Allichamps, donne ses biens à l’abbaye de Plaimpied.
En 1569, le passage des reîtres du Duc des Deux-ponts, venant de La Charité et se dirigeant vers le Limousin, a été marqué par d’horribles dévastations. Il est probable qu’Allichamps se soit trouvé sur le chemin de ces pillards protestants, dont la piste se suit de Plaimpied à Châteaumeillant, en passant par Dun-sur-Auron et Orsan. Un siècle après le passage du Duc des Deux-ponts, le pays de Saint-Amand a été confronté aux troubles de la Fronde. Troubles militaires, certes, mais aussi nécessité de ravitaillement des armées frondeuses ou des armées royales pendant le siège du château de Montrond, tenu par les armées du Grand Condé.
C’est de cette époque que datent les premiers registres paroissiaux conservés. Les précisions qu’ils contiennent permettent de mieux connaître la vie des habitants. Le 30 juin 1660, un arrêt du grand conseil « réunit à la cure d’Allichamps les deux tiers de la dixme de bled, que le prieur de la celle-Bruère avoit coutume de lever et percevoir » et « adjuge au prieur d’alichamp les dixmes de Farges ».

Sources : Dauzat, Buhot de Kersers, Mallard, De Raynal, Do Laugardière, Boudet, Abbé Offuis, Jean-Yves Hugoniot, Cahiers d’archéologie et d’histoire du Berry, Mgr Villepelet, Gaston Petit, Maurice Larguinat, Patricia Duret